Les fonds euros des contrats d’assurance-vie affichent un rendement moyen de 2,65 % en 2025, selon l’ACPR. Certains contrats proposent désormais des taux supérieurs à 3,50 % en 2026, avec des fenêtres d’arbitrage ouvertes jusqu’au 31 décembre.
Le mouvement de réallocation vers les fonds euros s’accélère depuis le début de 2026. La baisse du Livret A à 1,50 % en février 2026 a mécaniquement renforcé l’attrait des supports garantis en capital. Pour la première fois depuis 2019, l’assurance-vie en euros redevient plus rentable que ses concurrents directs bancaires, sans exposer l’épargne aux fluctuations des marchés.
L’arbitrage ici ne consiste pas à choisir entre sécurité et performance, les deux se rejoignent temporairement. Mais tous les contrats ne se valent pas. Les mutuelles sans intermédiaires affichent des écarts de 100 à 150 points de base au-dessus du marché, tandis que les bancassureurs traditionnels restent sous la moyenne. La question pour l’investisseur est double : à quel taux réel accède-t-il aujourd’hui, et sous quelles conditions peut-il arbitrer une partie de ses unités de compte vers le fonds euros avant la fin de l’année.
Rendement moyen 2,65 % en 2025, écarts importants entre assureurs
Le taux moyen de 2,65 % publié par l’ACPR recouvre des disparités majeures. Milleis Vie a ouvert le bal en décembre 2025 avec un rendement de 2,75 % nets de frais de gestion, en hausse de 20 points de base par rapport à 2024. Ce taux concerne les contrats Milleis Horizon Vie, Capi, Épargne Vie Milleis et Barclays Prestige. L’assureur offre en parallèle un bonus de 2,25 % pour toute souscription ou versement réalisé au premier semestre 2026, sous condition d’investir au minimum 30 % en unités de compte.
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Côté mutuelles, les performances dépassent systématiquement la barre des 3,50 %. Ampli Mutuelle a servi 3,75 % en 2024, La France Mutualiste 3,60 %, Carac et Garance 3,50 %. Ces structures capitalisent sur des frais de gestion réduits et une absence d’intermédiaires capitalistiques, ce qui leur permet de redistribuer davantage de performance technique aux épargnants.
Les bancassureurs, eux, restent sous pression. Le cabinet Fact & Figures anticipe un taux moyen stable à 2,65 % pour 2025, dans la lignée des deux années précédentes. La directive européenne sur la value for money a conduit à une revue des unités de compte les plus coûteuses, mais l’impact sur les frais reste marginal : entre 6 et 14 points de base pour les frais courants des UC, 6 à 9 points pour les rétrocessions. Pas de quoi modifier structurellement la capacité de distribution des assureurs traditionnels.
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| Contrat | Assureur | Rendement 2025 | Bonus éventuel |
|---|---|---|---|
| Corum Life | Corum Life | 4,10 % | Non |
| Ampli Assurance Vie | Ampli Libéraux & Indépendants | 3,75 % | Non |
| Placement-direct Euro+ | Swiss Life | 3,60 % | Non |
| Carac Épargne Patrimoine | Carac | 3,55 % | 1,50 % sur fonds euros |
| Garance Épargne | Garance Mutuelle | 3,50 % | Jusqu’à 1 000 € offerts |
| Milleis Horizon Vie | Milleis Vie | 2,75 % | 2,25 % si 30 % UC |
Source : Moneyvox · Les Échos Investir
Le rendement réel ajusté de l’inflation reste médiocre. Avec une inflation attendue autour de 2,4 % en 2026, le gain net pour un épargnant détenant un fonds euros moyen s’établit à 0,25 % en pouvoir d’achat. Les contrats au-dessus de 3,50 % permettent, eux, de dégager un différentiel positif de 1 à 1,5 point. C’est ce différentiel qui explique le mouvement d’arbitrage observé depuis janvier 2026.
Conditions d’arbitrage vers le fonds euros jusqu’au 31 décembre 2026
Plusieurs assureurs ont ouvert temporairement l’accès au fonds euros sans condition d’investissement en unités de compte. C’est le cas du fonds Netissima chez Generali Vie, accessible à 100 % sans obligation d’UC jusqu’au 31 décembre 2026. Ce fonds affiche un rendement de 2,484 % en 2025, avec un bonus conditionnel porté à 4,60 % pour les nouveaux versements effectués avant le 30 juin 2025, à condition d’investir au minimum 50 % en unités de compte.
Passé le 31 décembre 2026, le fonds Netissima redeviendra accessible par versement ou arbitrage à hauteur de 70 % maximum, les 30 % restants devant être investis en UC. Cette fenêtre d’arbitrage représente une opportunité pour les épargnants détenant des UC en moins-value latente ou souhaitant sécuriser une partie de leur allocation avant un retournement de marché.
Les contrats Binck Vie, Moniwan Vie et Allocation Vie proposent le même fonds Netissima avec les mêmes conditions. L’arbitrage depuis des UC vers ce fonds euros ne déclenche aucune fiscalité tant qu’aucun rachat n’intervient. Seul le coût d’opportunité compte : si les marchés actions poursuivent leur tendance haussière, l’arbitrage vers le fonds euros aura mécaniquement un coût de non-participation à la hausse.
Côté risque, la garantie en capital du fonds euros reste intacte. Contrairement aux fonds euros immobiliers ou diversifiés, le fonds Netissima est un fonds à formule classique, dont la garantie s’applique à tout moment. L’épargnant qui arbitre 50 000 € depuis des UC vers ce fonds euros récupère 50 000 € de capital garanti, majoré du taux servi en fin d’année. Aucun risque de perte en capital, même en cas de crise obligataire ou de remontée brutale des taux.
Allocation réelle, taux brut et bonus conditionnels
Le taux affiché en vitrine n’est pas toujours le taux réellement perçu. Les bonus conditionnels reposent sur un investissement minimum en unités de compte, généralement compris entre 30 % et 50 % du versement total. Si l’épargnant ne respecte pas cette condition, il ne perçoit que le taux de base du fonds euros, souvent inférieur de 100 à 200 points de base au taux bonifié.
Prenons le cas du fonds Netissima chez Generali Vie. Le taux de base s’établit à 2,484 % en 2025. Le bonus de 4,60 % ne s’applique qu’aux versements effectués avant le 30 juin 2025 avec au minimum 50 % en UC. Un épargnant qui verse 10 000 € en mars 2025, dont 5 000 € en fonds euros et 5 000 € en UC, perçoit 4,60 % sur la part fonds euros, soit 230 € bruts de prélèvements sociaux. S’il verse 10 000 € intégralement en fonds euros après le 30 juin, il ne perçoit que 2,484 %, soit 124,20 € bruts.
L’écart atteint 105,80 € pour un versement de 5 000 € en fonds euros. Sur un capital de 100 000 €, cela représente 2 116 € de différentiel annuel. Le calcul de rentabilité doit donc intégrer le coût du respect de la condition d’UC : si les unités de compte perdent 5 % sur l’année, le gain du bonus est mécaniquement effacé par la moins-value latente.
Les contrats sans condition d’UC, comme Carac Épargne Patrimoine ou Garance Épargne, permettent d’investir 100 % en fonds euros dès l’ouverture. Le taux servi est de 3,50 % à 3,55 %, sans bonus conditionnel. Pour un épargnant prudent qui refuse d’exposer son capital aux marchés actions, ces contrats restent les plus cohérents. Le rendement net de frais est immédiatement perçu, sans obligation d’arbitrage ni de rééquilibrage annuel.
Comparaison avec le Livret A et les comptes à terme en 2026
Le Livret A a été abaissé à 1,50 % en février 2026, après un passage à 1,70 % en août 2025. Cette baisse reflète la détente progressive des taux directeurs de la BCE, engagée depuis septembre 2024. Les comptes à terme, qui proposaient entre 3 % et 4 % en 2022-2023, affichent désormais des rendements compris entre 1,80 % et 2,20 % sur des durées de 12 à 24 mois.
L’assurance-vie en euros se retrouve, pour la première fois depuis 2019, au-dessus de ses concurrents bancaires. Un fonds euros à 2,65 % rapporte 115 points de base de plus que le Livret A, et reste compétitif face aux comptes à terme, tout en offrant une liquidité immédiate après huit ans de détention grâce à l’abattement fiscal de 4 600 € pour une personne seule, 9 200 € pour un couple.
La fiscalité reste l’élément clé. Le Livret A est exonéré d’impôt et de prélèvements sociaux. L’assurance-vie, elle, supporte 17,2 % de prélèvements sociaux sur les intérêts, auxquels s’ajoute l’impôt sur le revenu ou le prélèvement forfaitaire unique de 12,8 % avant huit ans, 7,5 % après huit ans. Après huit ans, un épargnant avec un fonds euros à 2,65 % perçoit un rendement net de 2,09 % après prélèvements sociaux et impôt, dans la limite de l’abattement. Au-delà de l’abattement, le taux net descend à 1,87 %.
Le Livret A reste donc plus rentable net de fiscalité pour les petits montants, jusqu’à 22 950 € de capital. Au-delà, l’assurance-vie reprend l’avantage, à condition de détenir le contrat depuis plus de huit ans. Pour un épargnant qui ouvre un contrat en juillet 2026, l’arbitrage se pose différemment : le fonds euros rapporte moins net que le Livret A jusqu’en 2034, sauf à capter un taux supérieur à 3,50 %, auquel cas le différentiel de rendement compense la fiscalité dès la troisième année.
Performance cumulée sur 10 ans et prévisions 2026-2027
Le cabinet Fact & Figures anticipe un taux moyen stable à 2,65 % pour 2025, avec une projection similaire pour 2026. Sur 10 ans, la moyenne des prévisions du cabinet s’établit à 1,79 %, très proche du taux réellement servi de 1,81 %. Le rendement cumulé sur 10 ans atteint 19,3 % selon les prévisions, contre 19,6 % constaté.
Cette stabilité masque une compression progressive de la marge technique des assureurs. Les obligations d’État françaises à 10 ans, qui constituent l’essentiel des actifs en portefeuille des fonds euros, affichent un rendement de 3,20 % en juillet 2026. Les assureurs doivent provisionner des engagements long terme, ce qui limite leur capacité à redistribuer l’intégralité du rendement technique. La participation aux bénéfices reste encadrée par le Code des assurances, qui impose une redistribution minimale de 85 % du résultat technique et de 90 % du résultat financier.
La compression des taux devrait se poursuivre en 2027 si la BCE abaisse encore son taux directeur. Les nouvelles obligations acquises par les assureurs rapporteront mécaniquement moins, ce qui pèsera sur le taux moyen servi. Les contrats à taux élevé en 2026 captent aujourd’hui un effet de stock : ils redistribuent encore les plus-values latentes accumulées sur les obligations achetées entre 2022 et 2024, lorsque les taux étaient au plus haut. Cet effet s’épuisera progressivement à partir de 2027.
L’arbitrage vers le fonds euros en juillet 2026 permet donc de capter un taux élevé sur une fenêtre courte. Un épargnant qui arbitre aujourd’hui 100 000 € depuis des UC vers un fonds euros à 3,50 % perçoit 3 500 € bruts en 2026, soit 2 898 € nets de prélèvements sociaux. S’il attend 2027 et que le taux moyen descend à 2,30 %, il ne percevra que 2 300 € bruts, soit 1 904 € nets. Le différentiel atteint 994 € sur un an.
Stratégie d’allocation pour un patrimoine de 200 000 à 500 000 euros
Pour un épargnant détenant entre 200 000 € et 500 000 € en assurance-vie, l’allocation optimale en juillet 2026 dépend de trois paramètres : l’horizon de placement, l’aversion au risque et la capacité à supporter une volatilité sur les unités de compte.
Profil prudent, horizon court (moins de 5 ans) : allocation 80 % fonds euros, 20 % UC obligataires. Un contrat Carac Épargne Patrimoine à 3,55 % ou Garance Épargne à 3,50 % permet de sécuriser le capital tout en captant un rendement supérieur au Livret A. Les 20 % en UC obligataires diversifient le risque de taux sans exposer le capital à la volatilité actions.
Profil équilibré, horizon moyen (5 à 10 ans) : allocation 50 % fonds euros, 50 % UC mixtes (actions, obligations, immobilier). Un contrat comme Placement-direct Euro+ à 3,60 % permet de capter un taux élevé sur la part sécurisée, tout en participant à la hausse des marchés actions via des ETF ou des fonds diversifiés. Le rééquilibrage annuel limite la dérive de l’allocation.
Profil dynamique, horizon long (plus de 10 ans) : allocation 30 % fonds euros, 70 % UC actions et private equity. Le fonds euros sert de poche de sécurité en cas de krach, les UC actions captent la performance long terme. Un contrat Corum Life à 4,10 % sur la part fonds euros permet de limiter le coût d’opportunité de la poche sécurisée.
L’arbitrage depuis les UC vers le fonds euros en juillet 2026 ne concerne que les épargnants en phase de sécurisation. Ceux qui détiennent des UC en plus-value latente importante peuvent arbitrer une partie vers le fonds euros pour cristalliser le gain sans déclencher de fiscalité. Ceux qui détiennent des UC en moins-value latente doivent comparer le coût de la moins-value avec le gain du fonds euros : si les UC ont perdu 10 % et que le fonds euros rapporte 3,50 %, il faut 2,85 ans pour compenser la perte initiale.
Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil en investissement, fiscal ou juridique personnalisé. Consultez un professionnel qualifié (notaire, avocat fiscaliste, CGP) avant toute décision patrimoniale.
