Les unités de compte ont affiché un rendement moyen de 8,4 % en 2025, soit plus du triple des fonds euros à 2,5 %. Derrière cette surperformance se cache une réalité que peu d’épargnants anticipent correctement.
Sur le terrain, les chiffres 2025 ont relancé l’intérêt pour les supports en unités de compte dans l’assurance-vie. Les courtiers et les réseaux bancaires les mettent en avant pour compenser l’érosion continue des rendements des fonds euros. Mais cette année 2026 démarre sur un contexte de marché différent : la volatilité est revenue, les marchés actions corrigent depuis mars, et les premières estimations du premier trimestre montrent une performance nettement inférieure à celle de 2025.
La question n’est pas de savoir si les unités de compte peuvent rapporter plus que les fonds euros. C’est déjà le cas sur longue période. La vraie interrogation porte sur le niveau de risque acceptable pour un épargnant qui ne peut pas se permettre une perte en capital, et sur la manière dont les assureurs présentent ces supports à leurs clients.
Ce que recouvrent réellement les unités de compte dans un contrat d’assurance-vie
Une unité de compte n’est pas un produit en soi. C’est une enveloppe fiscale qui permet d’investir dans des supports financiers variés : OPCVM actions, obligations, fonds immobiliers (SCPI, SCI, OPCI), fonds structurés, ETF. Contrairement au fonds euros, le capital n’est pas garanti. La valeur du contrat fluctue en fonction des marchés sous-jacents.
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Dans les faits, les contrats d’assurance-vie commercialisés en 2026 proposent entre 200 et 800 unités de compte selon la gamme. Les banques traditionnelles privilégient les fonds maison. Les courtiers en ligne et les néoassureurs (Yomoni, Nalo, Altaprofits) proposent des allocations automatisées avec des ETF à frais réduits. Les CGP indépendants orientent vers des supports immobiliers ou des fonds thématiques selon le profil client.
Le rendement moyen de 8,4 % en 2025 ne reflète pas une performance homogène. Les fonds actions internationales ont dépassé 12 %, portés par la tech américaine et les valeurs européennes de la transition énergétique. Les fonds obligataires diversifiés ont plafonné autour de 3 à 4 %. Les SCPI en unités de compte ont rapporté entre 4 et 5,5 % selon les gestionnaires. L’écart entre le meilleur et le moins bon support dans un même contrat peut atteindre 20 points de pourcentage.
Rendement 2025 et comparaison avec les fonds euros, ce que disent les chiffres
Les données publiées par les assureurs et les associations professionnelles montrent un écart de performance significatif en 2025. Les fonds euros ont enregistré un rendement moyen de 2,5 %, en légère hausse par rapport à 2024 grâce à la remontée des taux obligataires. Les unités de compte, toutes classes d’actifs confondues, ont affiché 8,4 % en moyenne.
Cette surperformance s’explique par trois facteurs. Les marchés actions ont bénéficié d’un contexte porteur en première partie d’année, avec une progression de l’indice MSCI World de 11,2 % en euros. Les obligations d’entreprises ont profité du resserrement des spreads de crédit. Les SCPI, malgré un marché immobilier tertiaire en tension, ont maintenu des taux de distribution stables grâce à des baux longs et indexés.
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Mais ce rendement moyen masque une dispersion élevée. Sur les contrats analysés par les comparateurs spécialisés, 15 % des unités de compte ont enregistré une performance négative en 2025. Les fonds sectoriels exposés à l’immobilier de bureaux ou aux valeurs chinoises ont perdu entre 3 et 8 %. À l’inverse, les fonds thématiques sur l’intelligence artificielle ou les infrastructures renouvelables ont dépassé 18 %.
Pour un épargnant détenant un contrat d’assurance-vie multisupport avec 70 % en fonds euros et 30 % en unités de compte, le rendement global 2025 s’établit autour de 4,3 %. Ce niveau reste supérieur à l’inflation estimée à 2,1 % sur l’année, mais il ne constitue pas une garantie de performance future. Les projections pour 2026 tablent sur un rendement des unités de compte entre 4 et 6 %, en raison d’un ralentissement anticipé de la croissance et d’une correction des valorisations boursières.
La mécanique de risque derrière les 8,4 % affichés
Le rendement des unités de compte ne se mesure pas uniquement en pourcentage annuel. Il faut intégrer la volatilité, c’est-à-dire l’amplitude des fluctuations de valeur du support. Un fonds qui affiche 8 % de rendement moyen sur cinq ans, mais avec des variations annuelles de -12 % une année et +18 % l’année suivante, ne convient pas au même profil qu’un fonds qui délivre 6 % avec une volatilité de 3 %.
Sur le marché, les fonds actions diversifiés affichent une volatilité moyenne de 12 à 15 %. Les fonds obligataires investment grade se situent entre 3 et 5 %. Les fonds immobiliers (SCPI, OPCI) présentent une volatilité apparente faible (2 à 4 %), mais avec un risque de liquidité élevé en cas de crise. Les fonds structurés ou à formule promettent une protection partielle du capital, mais leur rendement est plafonné et leur lisibilité médiocre.
Le calcul est vite fait : pour un contrat de 150 000 euros investi à 50 % en unités de compte actions avec une volatilité de 15 %, une baisse de marché de 10 % représente une perte de 7 500 euros. Si cette baisse intervient juste avant un besoin de liquidités (achat immobilier, donation, transmission), l’épargnant doit arbitrer en perte ou reporter son projet. C’est précisément ce qui s’est produit en mars 2026 pour les détenteurs de contrats très exposés aux valeurs technologiques américaines, qui ont vu leur capital fondre de 12 % en six semaines.
Les assureurs ne communiquent pas systématiquement sur la volatilité des supports proposés. Le document d’informations clés (DIC) mentionne un indicateur de risque de 1 à 7, mais sa lecture reste abstraite pour un épargnant non averti. Les simulations de performance présentées à la souscription montrent rarement les scénarios de perte en capital. Résultat : beaucoup d’épargnants découvrent le risque réel au moment d’un premier krach.
Arbitrage entre fonds euros et unités de compte en 2026, ce que permet le contrat
La plupart des contrats d’assurance-vie multisupport permettent d’effectuer des arbitrages entre fonds euros et unités de compte sans fiscalité, puisque l’opération reste interne au contrat. C’est un avantage majeur par rapport à un compte-titres, où chaque cession d’OPCVM déclenche une imposition des plus-values.
Dans les faits, deux types d’arbitrage existent. L’arbitrage libre, où le souscripteur demande manuellement un transfert de fonds vers un ou plusieurs supports. L’arbitrage automatisé, où un algorithme ou un mandat de gestion ajuste l’allocation en fonction de règles prédéfinies (seuils de plus-values, objectifs de volatilité, horizon de placement).
Les frais d’arbitrage varient fortement selon les contrats. Les assureurs traditionnels facturent entre 0,5 et 1 % par opération. Les contrats en ligne proposent souvent des arbitrages gratuits jusqu’à un certain nombre par an (trois à six selon les acteurs), puis 0,2 à 0,5 % au-delà. Les mandats de gestion facturent une commission annuelle de 0,5 à 1,5 %, mais les arbitrages internes sont inclus.
Le timing d’arbitrage conditionne le gain ou la perte réelle. Un épargnant qui arbitre ses unités de compte vers le fonds euros après une baisse de 10 % cristallise la perte. Celui qui arbitre après une hausse de 15 % sécurise la plus-value, mais renonce à une éventuelle poursuite de la performance. Les études académiques montrent que les arbitrages effectués par les épargnants individuels sont en moyenne contre-productifs : ils vendent après une baisse par peur, et achètent après une hausse par suivisme.
En 2026, les flux d’arbitrages constatés par les assureurs montrent un retour massif vers les fonds euros depuis mars. Sur le premier trimestre, les arbitrages nets vers le fonds euros représentent 4,2 milliards d’euros, contre 1,8 milliard au même trimestre 2025. Ce mouvement traduit l’aversion au risque des épargnants après la correction des marchés, mais il se produit au pire moment : après la baisse, avant le rebond potentiel.
Les limites que les assureurs ne communiquent pas spontanément
Les contrats d’assurance-vie en unités de compte comportent plusieurs contraintes qui ne figurent pas dans les documents commerciaux. La liquidité n’est pas toujours immédiate. Pour les SCPI et les OPCI, le délai de rachat peut atteindre deux à six mois en période de tension, avec un risque de décote. Certains fonds immobiliers fermés (SCI, FCPR) imposent une durée de blocage de cinq à dix ans.
Les frais de gestion des unités de compte s’ajoutent aux frais du contrat. Un contrat qui facture 0,6 % de frais annuels sur l’encours peut proposer des OPCVM facturant eux-mêmes 1,5 à 2 % de frais internes. Le rendement net perçu par l’épargnant est amputé de ces deux couches de frais. Sur un rendement brut de 8 %, les frais peuvent ramener la performance nette à 5,5 ou 6 %.
La sélection des supports proposés dans un contrat n’est jamais neutre. Les assureurs privilégient les fonds de leur groupe ou ceux qui leur versent des rétrocessions de commission. Ces rétrocessions, aujourd’hui interdites dans le conseil en investissement financier (CIF), restent autorisées pour les contrats d’assurance-vie distribués par les réseaux bancaires. Elles peuvent atteindre 0,5 à 1 % par an, prélevés sur les frais de gestion du fonds.
Enfin, le risque de défaillance de l’assureur existe, même s’il reste marginal. Les contrats d’assurance-vie sont protégés par le Fonds de garantie des assurances de personnes (FGAP) à hauteur de 70 000 euros par assuré et par assureur. Au-delà, en cas de faillite, l’épargnant est créancier et peut subir une perte partielle. Pour les gros contrats (500 000 euros et plus), mieux vaut diversifier entre plusieurs assureurs.
Allocation entre fonds euros et unités de compte selon l’âge et l’horizon de placement
La règle empirique la plus citée consiste à détenir un pourcentage d’actions (et par extension d’unités de compte risquées) égal à 100 moins son âge. Un épargnant de 40 ans pourrait détenir 60 % en unités de compte, celui de 65 ans seulement 35 %. Cette règle ne tient compte ni de la capacité d’épargne, ni de l’aversion au risque, ni du patrimoine global.
Sur le terrain, les allocations constatées en 2026 montrent un écart entre les recommandations théoriques et les pratiques réelles. Les épargnants de moins de 40 ans détiennent en moyenne 45 % de leur assurance-vie en unités de compte, contre 62 % recommandés. Ceux de 60 à 70 ans sont à 28 %, alors que la fourchette prudente se situerait autour de 30 à 40 % pour conserver une exposition aux actifs de croissance.
L’horizon de placement reste le critère déterminant. Un capital qui ne sera pas mobilisé avant dix ans peut supporter une allocation à 70-80 % en unités de compte diversifiées. Un capital destiné à financer un achat immobilier dans deux ans ne doit pas dépasser 20 % en unités de compte, voire rester intégralement en fonds euros. Entre ces deux extrêmes, l’allocation dépend de la tolérance au risque, c’est-à-dire de la capacité psychologique à encaisser une perte temporaire de 10 ou 15 % sans paniquer.
Les mandats de gestion proposés par les assureurs et les CGP permettent de déléguer cette allocation. Leur performance réelle reste inégale. Les mandats prudents (10-20 % d’unités de compte) ont délivré entre 2,8 et 3,5 % en 2025, soit un gain marginal par rapport au fonds euros pur, mais avec une volatilité accrue. Les mandats dynamiques (70-80 % d’unités de compte) ont atteint 6 à 7 %, mais ont subi une correction de 8 à 10 % au premier trimestre 2026. Le surcoût de gestion (0,8 à 1,5 % par an) pèse sur la performance nette.
Stratégies concrètes pour arbitrer en 2026 sans suivre la panique des marchés
L’arbitrage efficace repose sur des règles préétablies, pas sur des décisions émotionnelles prises en pleine correction. La première consiste à fixer un seuil de plus-value pour sécuriser une partie des gains. Par exemple, un épargnant peut décider d’arbitrer 30 % de ses unités de compte vers le fonds euros dès qu’elles affichent une plus-value latente de 20 % ou plus. Cette règle permet de cristalliser une partie de la performance sans chercher à capter le point haut.
La seconde stratégie s’appuie sur un rééquilibrage annuel. Si l’allocation cible est de 50 % fonds euros / 50 % unités de compte, et que la hausse des marchés a porté les unités de compte à 60 %, un arbitrage de 10 % vers le fonds euros ramène le portefeuille à l’équilibre. Ce rééquilibrage mécanique revient à vendre haut (après une hausse) et à acheter bas (après une baisse), sans avoir à anticiper les retournements de marché.
Pour les épargnants qui ne veulent pas gérer activement leur contrat, les options d’investissement progressif ou de sécurisation automatique des plus-values offrent une alternative. L’investissement progressif consiste à programmer des versements mensuels répartis entre fonds euros et unités de compte, lissant ainsi le risque d’entrée sur un point haut. La sécurisation automatique transfère vers le fonds euros un pourcentage prédéfini des plus-values latentes dès qu’elles dépassent un seuil (5, 10 ou 15 % selon les contrats).
En 2026, ces mécanismes restent sous-utilisés. Moins de 12 % des contrats actifs ont activé une option de sécurisation automatique, et seulement 8 % pratiquent un rééquilibrage annuel. La majorité des épargnants laisse leur allocation initiale dériver au gré des marchés, puis arbitre massivement après une forte baisse, au pire moment. Cette inertie coûte en moyenne 1,5 à 2 points de rendement annuel par rapport à une gestion disciplinée.
Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil en investissement, fiscal ou juridique personnalisé. Consultez un professionnel qualifié (notaire, avocat fiscaliste, CGP) avant toute décision patrimoniale.
